Joseph Schumpeter et l'Innovation

Joseph Jumpeter est née en Moravie qui correspond à la République Tchèque en 1883 et est décédé en 1950 aux Etats-Unis où il enseigna à Harvard. Il écrira plusieurs livres qui permettront aux sciences économiques de grandir un peu plus :

  • La théorie de l’évolution économique (1912)
  • Business cycles (1939)
  • Capitalisme, socialisme et démocratie (1942)
  • Histoire de l’analyse économique (1954)

Ses principaux travaux seront axés sur sa vision de l’entrepreneur et sur l’innovation. Il s’opposera également à l’interventionnisme de Keynes et en conséquence au New Deal de 1934.  Les théories de Schumpeter sont encore très utilisées et restent très pertinentes à mobiliser.

Joseph_Schumpeter

L'innovation est au centre du système capitaliste

Joseph Jumpeter distingue 5 types d’innovations :

  • les nouveaux produits
  • les nouvelles méthodes de production et de transport
  • les nouveaux marchés
  • les nouveaux types d’organisation industrielle
  • les nouvelles matières premières

L’auteur dira même que l’innovation regroupe en quelques sortes “tous éléments créés par l’initiative capitaliste” (Capitalisme, socialisme et démocratie 1942). C’est alors que nous pouvons considérer les évolutions actuelles comme étant des innovations au sens de Shumpeter avec la révolution digitale qui a bouleversé notre société de manière générale. Dans notre consommation d’une part, avec l’arrivé de produit comme les smartphones mais également avec les innovations qui en découlent (applications, micro processeur, etc…). D’autre part, dans nos méthodes de travail mais également dans les procédés de fabrication en entreprise. 

Le système de crédit essentiel à l'innovation

Joseph Schumpeter met en avant l’importance du système de crédit dans l’innovation. En effet,  une innovation demande des fonds important pour être dans un premier temps conceptualisée et prototypée . Dans un second temps, la production en volume industrielle ne paraît pas soutenable par l’épargne, le crédit devient donc la solution la plus pertinente. Ceci est d’autant plus vrai pour le personnage de l’entrepreneur aux yeux de Schumpeter, qui, la plupart du temps est indépendant et par conséquent ne possède par une force financière à la hauteur d’une grande entreprise. Enfin, beaucoup d’entreprise ne peuvent pas elles-mêmes innover et produire sans le crédit, ce dernier apparaît donc comme un élément nécessaire au fonctionnement de la machine capitaliste.

Le principe de la destruction créatrice

Aux yeux de Joseph Schumpeter, l’état stationnaire en économie capitaliste n’est pas une situation possible. En effet, il considère que les innovations régulières permettent de dynamiser l’économie. Joseph Schumpeter voit l’économie comme un cycle dont l’innovation offre une vigueur nouvelle. 

Cependant, l’innovation a comme principal impact celle de la destruction créatrice. L’économiste parlera d’élimination de produits “périmés” qui sont alors remplacés par des produits plus innovants. Ce concept de destruction des produits périmés fonctionne également pour les procédés et les autres types d’innovations. La destruction créatrice est alors clairement inspirée des théorie évolutionniste Darwinienne dans le sens où les entreprises doivent s’adapter à leur environnement afin de survivre. Il est également possible de mettre en lien les théorie évolutionniste appliquée au management de Nelson et Winter. 

Enfin, la destruction créatrice serait entre autre à l’origine des cycles économiques que nous connaissons du moins ceux liés à l’innovation. Par ses travaux il mettra en avant les cycles de Kondratiev, sur lesquels nous pouvons illustrer la vision de Schumpeter sur l’innovation.  Nous aurions alors une période de croissance post innovation jusqu’à l’atteinte d’une forme de maturité et enfin un déclin. L’innovation en déclin disparaîtrait alors par son remplacement par une innovation bien plus efficace et efficiente. Joseph Schumpeter expliquera alors que le progrès économique implique des bouleversements qui causent forcément du tord à ceux qui n’ont pas su s’adapter. C’est ainsi que de nombreuses entreprises parfois en position dominante sur un marché ont disparu du fait d’une non adaptation. Le cas de Kodak est représentatif, l’entreprise leader dans la photo n’a pas pris le virage du numérique et s’est fait dépassé par des concurrents devenus très puissant comme Nikon et Canon ou encore Sony. En outre et plus récemment le cas de Nokia qui a perdu sa place forte sur le marché de la téléphonie mobile à l’arrivée des smartphones et notamment du premier iPhone d’Apple.

La vision de l'entrepreneur de Schumpeter

Joseph Schumpeter a une vision très positive de l’entrepreneur le voyant comme un personnage exceptionnel dans la société et cela pour de multiples raisons. Dans un premier temps l’auteur explique que l’entrepreneur a en lui le souhait de faire changer la société par son apport. En outre, il ne cherche pas la réussite financière à première vue mais plutôt le succès qui peut lui apporter cette richesse. C’est alors que nous pouvons remarquer que le personnage de l’entrepreneur remet en cause le concept d’homo oeconomicus. En effet, ce dernier n’est pas rationnel dans le sens où il ne cherche pas la maximisation financière mais plus une satisfaction personnel de sa réussite et l’atteinte de son objectif. Il s’agit alors d’une forme symbolique du succès qui est favorisée par l’entrepreneur, ce dernier ressent alors une forme de joie dans la création, dans l’innovation. Enfin, l’économiste ira même jusqu’à décrire l’entrepreneur comme étant un personnage mégalomane mais plein d’ambition lui permettant de prendre des risques. C’est ainsi cette prise de risque qui lui permet d’obtenir les fruits de son succès, les entrepreneurs les plus connus et ayant un impact fort colle à cette image Schumpétérienne. Nous pouvons prendre l’exemple d’Elon Musk (Tesla et Space X), Steve Jobs (Apple), ou encore Richard Bronson (Virgin).

Le concept de grappe d'innovation

La grappe d’innovation est un concept développé par l’économiste pour illustrer les innovations secondaires créées à la suite d’une innovation. En effet, Schumpeter explique que lorsqu’un entrepreneur innove et développe une innovation qui trouve un public relativement large, un phénomène de grappe d’innovation apparaît. Ce dernier se caractérise par l’apparition d’autres entrepreneurs qui vont innover sur la base d’une innovation récemment développées. Il s’agit alors d’une forme d’externalité positive, l’innovation facilitant l’apparition d’une autre innovation. Si nous prenons le smartphone, le développement de ce dernier a offert la possibilité de développer les micros processeur utilisés dans nos appareils mais également les applications qui pour certaines ont bousculer certains marché. Le cas des FinTech est symptomatique de la grappe d’innovation car les banques à distance et les nouveaux moyens de paiement ont pris leur appui sur ces appareils que nous gardons toujours à proximité. La grappe peut alors s’étendre très loin et cela est d’autant plus vrai lorsque l’innovation de départ est révolutionnaire.

La concurrence pure et parfaite n'est pas la panacée

Au yeux de Schumpeter, la concurrence pure et parfaite ne représente pas forcément la meilleure option. En effet, la concurrence pure et parfaite empêcherai l’entrepreneur de réaliser des profits importants réduisant ainsi son pouvoir de décision sur son entreprise. Ainsi, les banques et investisseurs prendraient le pouvoir de décision de l’entrepreneur qui par conséquent ne peut pas saisir des opportunités de marché. Pour rappel, l’entrepreneur Schumpétérien est mis sur un piedéstal et ce dernier possède une vision et un “coup d’oeil” plus vif pour trouver ces opportunités. Il y a alors une double peine, d’une part il devient difficile de financer des projets d’innovation coûteux et risqué du fait de l’aversion au risque et des asymétries d’information, d’autre part les incitations sont moins grande car la rentabilité de l’innovation baisse elle aussi.

Un changement de vision vers la fin de sa vie

Au début de sa carrière Joseph Schumpeter voit dans le capitalisme une système idéal à l’innovation. La bureaucratie qui s’est installé dans les entreprises capitalistes supprime le fameux “laisser faire” du capitalisme. Schumpeter ira même jusqu’à dire que cette formalisation des entreprises pourrait s’apparenter à une “planification socialiste” selon ses mots, ce qui, à l’époque était une vision très péjorative. 

Il changera également son avis sur le monopole  et sur son intérêt pour l’innovation. En effet, les monopoles importants étaient préconisés par Schumpeter lorsqu’une innovation était trouvée par l’entrepreneur. Ainsi, ce dernier pouvait alors profiter d’une rente de monopole (ou rente Schumpétérienne) lui servant alors d’incitation à innover. L’investissement demandé par l’innovation est souvent important et incertain, c’est pourquoi il est nécessaire d’avoir des incitations à la hauteur du risque pris par l’entrepreneur. Cette rente qui apparaît comme une récompense aux yeux de l’entrepreneur est remise en cause par Schumpeter vers la fin de ses jours. Les monopoles sont vus alors comme des situations de marché étouffant l’innovation. La concurrence doit alors agir comme un effet de dynamisme sur l’innovation, une entreprise qui souhaite garder sa position dominante ne doit pas cesser d’innover. Il posera enfin l’hypothèse d’une potentielle obsolescence de la fonction entrepreneuriale pensant que le rôle de l’entrepreneur viendrait à perdre de l’importance. Sa vision initiale de l’entrepreneur innovateur est remplacée par une vision de l’innovation beaucoup plus formalisée. La source de l’innovation proviendrait alors quasi exclusivement de grandes entreprises qui dépensent des sommes pharamineuses en recherche et développement avec des ingénieures en internes travaillant exclusivement sur l’innovation. Il restera dans l’expectative d’une réfutation ou confirmation de cette hypothèse. Aujourd’hui, nous pouvons alors réfuter cette dernière car l’innovation peut trouver sa source dans la R&D d’entreprise conglomérale mais encore chez des entrepreneurs avec le modèles des startups et des clusters qui les regroupent comme la Silicon Valley en Californie.