La pensée économique et la nature

La nature et son intérêt dans l’économie est aujourd’hui remise en question. En effet, la théorie néo-classique et la vision orthodoxe de l’économie ne compte pas la nature d’un point de vu comptable. En effet, les principaux indicateurs utilisés pour calculer le bien être des individus ne prenne pas en compte le capital naturel que ce soit le PIB ou encore l’IDH. C’est pourquoi, nous avons vu plus récemment le développement d’indicateur comme le PIB Vert ou l’empreinte écologique pour pallier ce problème. 

En 2005, les travaux de Millenium Ecosystem Assessment ont permis de donner une certaine valeur à des services rendus par la nature aussi appelé services écosystémiques que nous avons déjà vu ici. Ce rapport nous explique notamment que l’activité de pollinisation pourrait représenter jusqu’à 577 milliards de dollars au niveau mondial. Ces chiffres notables méritent alors qu’on s’intéresse aux cheminements de la pensée économique et de la vision de la nature que nos économistes ont et ont pu avoir.

Les courants économiques célèbres face à la nature

Les Mercantilistes

Tout d’abord, il nous faut travailler sur la vision des mercantilistes qui apparaît au milieu du XVème siècle. Pour rappel cette vision se base sur l’accumulation des richesses et notamment des métaux rares et plus particulièrement l’or et l’argent. Cela donne à cette vision économique un aspect assez belliqueux puisqu’il est courant d’acquérir ce type de richesses par des pillages et des guerres. Dans le cas des mercantilistes, la vision de la nature ne revêtait que d’une importance mineure.

Les Physiocrates

C’est seulement à l’arrivée de la pensée physiocrate et notamment avec l’économiste français François Quesnay (1694-1774) que la nature est intégrée dans les travaux économiques. Physiocratie veut étymologiquement dire “gouvernement de la nature” montrant ainsi l’importance de facteur pour cette branche de l’économie libérale. Quesnay croit en un ordre naturel qu’il faut suivre et ne pas perturber aux risques d’en payer les conséquences, ces paroles anciennes ont aujourd’hui un retentissement particulier notamment pour les économistes hétérodoxes.

 Les physiocrates voient même dans les terres agricoles la source unique de la croissance économique grâce aux éléments de la natures comme l’eau et le soleil. Quesnay nommera la fertilité de la terre un “don gratuit” dans le sens ou elle permet de produire et de démultiplier la production, un épi de grain donnera de nombreuses graines et cela évolue ainsi de façon exponentielle. Les économistes physiocrates croient en une forme de cycle de production/reproduction qui dégage des richesses à chaque nouveau cycle. L’ordre naturel de Quesnay implique aussi l’idée de limite de la nature dans ses facultés de produire, cette idée de limite est elle aussi très actuelle notamment avec la pensée économique de la décroissance.

Les Classiques

Les physiocrates sont ensuite suivis de près des économistes classiques comme Adam Smith ou encore David Ricardo pour les plus connus. La pensée des classiques ne laissera que peu de place à la nature, elle sera considérée comme tout au plus une fonction support dans l’agriculture. Dans leur vision la nature n’a pas de valeur propre mais elle offre des éléments qui nécessitent d’être exploités. C’est donc le travail d’exploitation des ressources naturels qui créer la valeur économique. En outre, les classiques mettront en avant le sujet de la rareté des “dons” de la nature. Ils illustreront cette idée avec la valeur de l’eau et des diamants. Imaginons que vous vous retrouviez dans un désert aride, vous échangeriez volontiers des diamants en échange d’une gourde remplie d’eau. L’eau est un élément vital mais cet aspect n’en défini pas sa valeur, mais elle accroît ses risques de surévaluation dans un contexte de rareté.

Ce courant économique s’est développé notamment avec l’arrivée de la Révolution Industrielle dans laquelle les Hommes arrivaient de plus en plus à maîtriser les éléments de la nature. Par conséquent, cette dernière a été mis de côté de plus en plus jusqu’à devenir absentes des indicateurs modernes comme nous l’avons souligné plus haut. De plus, les classiques ont travaillé à l’accumulation du capital dans l’unique but d’avoir une croissance infinie dans le temps. Cet aspect fait notamment penser à la phrase de Kenneth Boulding ” Celui qui croit qu’un croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste”.

Les classiques ont apporté une vision mathématisée de l’économie afin que cette discipline devienne une science aux yeux de tous. Néanmoins, une vision mathématique exclue tout jugement moraux ce qui, sans aucun doute, n’a pas facilité l’intégration des éléments naturels dans leur réflexions.

L’économiste classique Ricardo cité plus haut viendra cependant apporter une vision plus pessimiste que celle de Smith et d’autres économistes classiques. Ce dernier évoquera la loi des rendements décroissants en prenant comme exemple les terres agricoles. Il expliquera alors que les terres agricoles nouvellement exploitées auront une production moins importante que les précédentes car l’agent économique rationnel choisit en premier d’exploiter les terres les plus rentables. De ce fait, les rendements liés à la terre vont décroitre au fur et à mesure que l’on en utilise de nouvelles. Ce problème est d’autant plus important si on prend la pensée Malthusienne qui reprend l’idée des rendements décroissants et des risques de famines liés à une croissance démographique trop importante (croissance démographique exponentielle vs accroissement de la production agricole arithmétique). Malthus aura une vision de la nature forte et il considère qu’il faut laisse faire la nature faire la régulation de la population humaine en laissant faire les maladies et les famines notamment.

Dans la suite de son raisonnement, David Ricardo préconisera alors de faire produire à l’étranger les biens pour lesquels d’autres pays ont un avantage dans leur production. Il s’agit de la théorie des avantages comparatifs qui mène alors à une division de la production des biens entre plusieurs pays. Pendant la révolution industrielle notamment, les britanniques eurent un avantage très important sur les autres pays sur la production de tissus. Leurs outils et métiers à tisser performants leur ont octroyé une position dominante qui leur permirent d’ailleurs d’avoir une flotte naval très puissante grâce à leur production de voiles. Dans le cas de la France, les terres agricoles françaises sont très riches ce qui leur offre un avantage comparatif. Cependant, cette solution n’est qu’à court/moyen terme car les rendements décroissants se poursuivent et l’on arrive alors à un état stationnaire. 

D’autres économistes comme Jean-Baptiste Say viendront donner un point de vu de la nature différent. Ce dernier la considère comme un instrument servant à produire des biens utiles. Il croit aussi en des ressources illimitées dont l’exploitation est seulement limitée pas des contraintes techniques.

Les Marxistes

La pensée Marxiste vient en opposition des pensées libérales précédemment vues et s’oppose ainsi au capitalisme. Les deux principaux auteurs de la pensée Marxiste sont Marx et Engels. Ces derniers vont mettre en avant ce qu’ils appellent les conditions matérielles d’existence qui prennent en compte les conditions naturelles. Dans ce cadre de réflexion, la position d’un individus dans la hiérarchie définira sa conscience et non pas l’inverse. Les marxistes vont également mettre en avant les dégâts provoqués par le capitalisme sur la nature, Marx parlera même de destruction de ressources naturelles dans son ouvrage Le Capital. Engels évoquera lui l’idée de “dilapidation” des ressources naturelles stockées. Les deux auteurs mettront alors en avant des idées très actuelles de surproduction provoquée par le système capitaliste qui se nourrit et fonctionne uniquement grâce à la croissance. 

Les Néo-classiques

La pensée néo-classique correspond à la vision des économistes orthodoxes de nos jours et est arrivée à la fin du XIVème siècle. Certains de ses auteurs ont su parler de la nature et des limites de cette dernière notamment en lui redonnant une place plus importante. 

Ce fut notamment le cas de Jevons qui mis en avant la problématique de la consommation de charbon en 1865 en expliquant que cette dernière était beaucoup trop importante pour être supportable pour la Grande Bretagne. En continuant à leur rythme de consommation l’économiste anticipa une pénurie de cette ressource à la fin du XIVème siècle. Cependant, nous découvrons encore aujourd’hui des gisement de charbon et d’autres ressources naturelles fossiles qui viennent parfois remettre en question la problématique d’épuisement des ressources. Jevons apportera également l’idée que nous consommons des ressources trop rapidement ne leur laissant ainsi pas le temps de se renouveler, ce qui, dans le cadre d’énergie fossile demande un nombre d’années tellement important que l’on préfère les considérer comme épuisable.

Alfred Marshall l’un des père fondateur de la pensée néo-classique parlera également de ces risques de surexploitation des ressources en parlant notamment de la pêche. Il est alors un précurseur derrière l’idée des externalités et expliquera qu’il faut les prendre en compte pour ne pas arriver à des situations comme la surpêche. 

La pensée économique a tout de même parcouru un grand chemin au niveau de sa considération de la nature et de son importance. Néanmoins, encore de nombreux économistes ont une vision très néo-classique et estime que les problèmes d’externalités négatives et des conséquences pourront être résolues par l’innovation et par le progrès technique. En effet, l’économie et l’environnement est aujourd’hui en débat constant entre des penseurs proches de l’idée de décroissance et de remise en question de notre impact sur la Terre. Tandis que, d’un autre côté, des économistes pensent que des innovations majeures nous aideront à surmonter ce problème sans que nous ayons à changer totalement nos modes de vie. Si aujourd’hui encore il y a débat c’est bien qu’aucun consensus n’a été émis et il nous reste encore à développer nos recherches à ce sujet afin de trouver au plus rapidement une réponse nous permettant d’agir en ce sens.