La théorie du capital humain (Gary Becker)

La théorie du capital humain a été énoncée en 1965  par Gary Becker économiste néo-classique américain qui obtiendra le prix Nobel en 1992. Les travaux de Gary Becker ont bousculé les sciences économiques classiques car ils apportent des mentions plus sociales, humaines et comportementales à l’économie. Il est l’exemple même d’un auteur travaillant de manière pluridisciplinaire en ajoutant des concepts sociologiques à l’économie. Gary Becker pourrait être qualifié d’économiste original et cela dans le bon sens du terme puisqu’il travaillera sur des aspects parfois éloignés des sujets classiques de l’économie comme les relations amoureuses (mariage, divorce etc..) et l’influence de ces dernières sur les comportements des agents économiques. 

Qu'est-ce-que le capital humain ?

Le capital humain désigne le fait que toutes personnes, tout salariés possède un capital qui lui est totalement propre et qu’il peut mettre en avant et utiliser. Le capital humain regroupe chez une personne tout d’abord les compétences au sens de Guy Le Boterf qui a émit la célèbre typologie Savoir, Savoir-faire, Savoir-être. Les formations, les capacités innées (parfois génétiques) et physiques sont alors un capital que toutes personnes peut utiliser pour créer de la valeur. Ce capital, comme tout autre capitaux peut gagner en valeur mais aussi se dévaluer. Par exemple une personne vieillissante peut perdre en capital humain du fait d’une baisse naturelle de sa force physique mais dans un autre sens il peut en gagner avec son expérience et donc en savoir et compétences. En ce sens, son capital humain peut s’améliorer ou régresser ou tout simplement s’équilibrer.

Comme nous l’avons vu le capital humain agit de la même manière qu’un capital “classique”. En effet, le capital humain nécessite un investissement pour l’agent économique. Cette investissement comme tout autre sera jugé pertinent ou non pas l’agent économique par son taux de rendement marginal. L’agent économique devra également prendre en compte le coût d’opportunité c’est-à-dire la valeur à laquelle on renonce en fonction du choix que l’on fait (investir ou s’abstenir). Prenons l’exemple des études, pour un étudiant la formation est un investissement. Pour faire son choix l’étudiant doit calculer l’intérêt économique à faire ou non la formation. Il calculera alors son salaire potentiel avec les possibilités d’évolutions par rapport à la décision de commencer à travailler sans formation et diplôme. Ce calcul peut se faire sur une durée précise par exemple il peut être intéressant pour un étudiant d’aller jusqu’à un bac+5 par rapport à un bac+3 ce qui voudra dire que le niveau master a une réelle plus-value pour deux ans supplémentaires. Cependant, si vous continuez après le master, il faut revoir ce calcul car le niveau doctorat (bac+8) n’est peut-être un investissement non rentable d’un point de vu économique. 

La santé est également un capital humain qui nécessite des investissements comme celui de faire du sport ou de manger des produits sains parfois coûteux. La santé nécessite des sacrifices sur le présent comme la douleur et la difficulté que nous pouvons ressentir en faisant une activité physique. Il en sera de même dans le contrôle d’une alimentation saine, l’agent sacrifiera le plaisir présent d’un plat riche pour une santé plus forte sur le long terme. Comme tout investissement il s’agit d’une restriction sur le présent dans le but d’obtenir un plaisir plus grand dans le futur. 

Si nous prenons tout ces exemples nous voyons que le capital humain d’un agent va permettre de définir son niveau de productivité. Ce dernier sera le facteur principal qui définira le revenu de l’agent, nous pouvons alors dire que le capital humain est un actif permettant d’obtenir un salaire. 

Les agents économiques et leur capital humain

Nous avons vu que le capital humain est construit par le biais d’investissements qui nécessitent de faire des choix. Néanmoins ces choix sont parfois difficiles à faire notamment lorsque l’agent économique n’a pas une information claire sur le taux de rendement marginal de son choix d’investissement. Si nous continuons avec l’exemple de l’étudiant, ce dernier peut choisir de continuer en master après la licence. Cependant, l’étudiant fait un choix présent en estimant que le diplôme a une valeur importante sur le marché mais il ne sait pas si après les deux ans supplémentaires de formation ce diplôme aura toujours une valeur. Il existe toujours une possibilité par exemple qu’une innovation de rupture (cf article sur Schumpeter) vienne bousculer le marché du travail et rendre un métier obsolète. 

Gary Becker part aussi sur le postulat que l’agent économique est rationnel. Dans ce cadre, il effectuera toujours les meilleurs choix d’investissements pour faire grandir son capital humain. Un étudiant peut alors décider de repousser ou de ne pas faire des études car il aura calculé au préalable les coûts et intérêts de cet investissement. Ce dernier peut également choisir d’investir à un autre moment, commencer à travailler lors d’une période économique stable pour obtenir un salaire plus important et devenir étudiant dans les périodes économiques compliquées pour éviter l’inactivité.

Application du capital humain en entreprise : formation générale et formation spécifique

Gary Becker propose de distinguer les formations qui sont les éléments exogènes principaux pour augmenter la productivité du salarié en agissant sur son capital humain. 

Tout d’abord, l’économiste américain met en avant la formation générale : Il s’agit tout simplement de la formation d’une personne dans le système éducatif classique donc de la petite école jusqu’à la faculté en passant par l’enseignement secondaire. Lors de cette formation, l’étudiant ne travaille pas (excepté de travail étudiant qui ne rentre pas dans la réflexion). Par conséquent, le seul à avoir un intérêt à investir est l’étudiant lui-même qui paiera sa formation et donnera de son temps. Une entreprise n’a pas rationnellement intérêt à payer la formation de cet étudiant sachant que ce dernier peut très bien choisir de travailler pour une autre entreprise n’ayant pas supportée le coût de la formation.

Ensuite, la formation spécifique sera comme son nom l’indique spécifique à l’intérêt d’une entreprise. Il s’agit par exemple des formations que les organisations payent à un salarié déjà en contrat dans l’entreprise. Même si il est possible que ce dernier parte mettre en valeur ses compétences dans une autre firme similaire, les risques sont réduits car la formation est sensée coller aux missions réalisées dans l’entreprise. Cet investissement doit être rentable pour l’entreprise pour être réalisé. De plus, l’entreprise devrai prendre en compte une potentielle augmentation du salaire de l’agent formé dans le but de réduire les risques d’un éventuel départ.

Le capital humain encore (plus) actuel ?

La capital humain a été théorisé il y a longtemps mais la question de son actualité n’est pas vraiment à poser. En effet, les agents économiques ont aujourd’hui besoin d’un capital humain très important. La concurrence est forte notamment à l’international avec la mondialisation où des compétences similaires sont accessibles à moindres coûts. Il est donc extrêmement important pour les agents économiques de se démarquer avec des formations de valeurs.

De plus, les diplômes (notamment niveau master) sont aussi plus accessibles que par le passé ce qui baisse par effet naturel leur valeur. Il n’est pas rare aujourd’hui que de nombreux professeurs incitent leurs élèves à s’auto-former en plus de leur enseignements à l’université. Ces investissements parfois coûteux pour un étudiant sont devenus quasiment obligatoire pour se démarquer et mettre en avant son capital humain