La théorie de la rationalité limitée

La théorie de la rationalité limitée a été théorisée par Herbert Simon (1916-2001) tout d’abord dans la sociologie mais ce concept sera applicable à d’autres matières comme la microéconomie. Il obtiendra en 1978 le prix Nobel d’économie pour sa théorie de la rationalité limitée qui à l’origine n’a pas fait que émules. En effet, les théories économiques des néo-classiques qui se basaient sur la rationalité de l’agent ont été bousculées par les travaux de Herbert Simon ce qui provoqua évidement des débats à ce sujet.

Pour rappel, le paradigme néo-classique dit que l’agent économique est rationnel et possède les capacités cognitives suffisantes pour réaliser toujours les choix les plus pertinents. L’agent économique néo-classique est ce que l’on appelle un homo oeconomicus, c’est-à-dire un agent qui cherche à satisfaire ses besoins de la manière la plus rationnelle sous contrainte budgétaire. Son but est également la maximisation de son profit et de ses intérêts personnels. Dans ce contexte les néo classiques mettent en place les axiomes suivants : 

  • L’agent économique connait à l’avance toutes les décisions qu’il peut prendre
  • Il sait également quelle est l’importance de l’effet de chacun de ses choix 
  • Il peut également comparer facilement et rationnellement les différents choix qui s’offrent à lui
  • L’agent économique à la possibilité de connaître les conséquences de chacune des décisions possibles

 

Qu'est ce que la rationalité limitée de Herbert Simon

Herbert Simon commencera par mettre en avant les problématiques de disponibilités de l’information pour expliquer la rationalité limitée des agents économiques. En effet, selon l’auteur, il apparaît impossible qu’un individu ait les capacités suffisantes pour connaître toute les informations nécessaires à sa prise de décision et par conséquent de toutes les alternatives possibles. L’économiste montrera alors que la rationalité est un aspect qui est en réalité subjectif et qui dépendra d’une part de l’individu et d’autre part du contexte dans lequel il interagit. Un dirigeant n’aura alors pas la même rationalité en fonction de l’entreprise dans laquelle il fait des choix.

Dans sa réflexion, Herbert Simon s’inscrira dans le courant de la cybernétique, courant appartenant lui-même au behaviorisme qui est l’analyse des comportements humains. Cette posture lui fait traiter la prise de décision comme un comportement procédural c’est-à-dire qu’il effectue des choix étape par étape lui permettant au final de prendre la décision qui lui semble la plus rationnelle. Cependant, n’ayant pas une vision globale au début de son processus de décision, l’agent va prendre faire le choix qui lui semble le plus satisfaisant. Ce choix satisfaisant ne sera pas forcément le choix optimal qui maximisera ses bénéfices car ce choix optimal n’est sans doute pas connu par l’agent du fait d’un manque d’information

Les travaux de Herbert Simon remettent en avant l’individu dans le processus de décision. Les éléments propres au caractère de l’individu viendront influencer sa prise de décision. C’est pourquoi, face à une situation qui nécessite de faire un choix, les agents économiques auront des réactions différentes en fonction de leurs intuitions et de leur personnalité. 

Le modèle IMC de Herbert Simon

L’économiste et sociologue américain mettra en avant un modèle procédural appelé modèle IMC. Ce dernier fonctionne par itérations mais également par rétroaction car l’agent peut revenir en arrière dans son processus de décision (réflexion axée sur la cybernétique). Les différentes étapes sont donc un passage obligé pour l’agent économique, voyons les plus en détails.

L'étape d'"Intelligence"

L’étape d’intelligence du modèle IMC de Herbert Simon correspond à la phase d’identification du problème posé. L’agent doit analyser le problème et en comprendre la totalité des enjeux. Cette réflexion globale permet de donner un cadre de travail propre au problème posé sur lequel le décisionnaire pourra adopter une méthode particulière de résolution du problème. Cette étape d’intelligence a aussi pour objectif de regrouper le maximum d’informations relatives à ce problème afin d’éviter le problématique posée par Herbert Simon à savoir le manque d’information ne permettant pas la prise de décision rationnelle. Le processus s’inscrivant dans la cybernétique, le décisionnaire peut (voire doit) revenir à cette étape plusieurs fois pour améliorer sa vision du problème posé.

L'étape de "Modélisation"

L’étape de modélisation consiste à mettre en forme les informations recueillies durant l’étape d’intelligence. L’agent les contextualise et commence à former des décisions potentielles. A cette étape, il est fortement possible que l’agent revienne à l’étape précédente pour pouvoir affiner la phase de modélisation.

L'étape du "Choix"

Lors de cette étape de choix, l’agent économique doit juger et évaluer chacune des alternatives qui se posent devant lui avec l’étape de modélisation. Après avoir évalué ces différentes alternatives l’agent choisit celle qui lui semble la plus rationnelle par rapport au contexte global de la situation.

Plusieurs auteurs reprendront le modèle IMC de Herbert Simon pour leur propres travaux. Mintzberg notamment ajoutera une étape d’implantation pour mettre fin à la boucle que représente le modèle IMC. De manière générale, la rationalité limitée est aujourd’hui l’idée principale que l’on se fait du comportement de l’agent économique. De nombreux travaux ont continué de montrer l’individus comme soumis a des stimuli incontrôlables notamment avec les biais cognitifs de Kahneman et Tversky (1979) qui montrent les pièges dans lesquels notre cerveau peut tomber.